Que deviens-tu, grande gamine ?

J'écris. J'écris beaucoup. J'écris des mots, des phrases, des paragraphes...J'essaie d'être pertinente, drôle, démonstrative, analytique et explicative. Tout ça.

Oui, j'écris beaucoup...mais pas pour vous. Et puis, ce matin, au milieu de prospectus publicitaires, une lettre reçue me bouleverse. Troublante. Il faut que je vous raconte cette drôle de "visite" matinale.

Je ne me souvenais pas qu'une lettre papier pouvait provoquer une telle intensité d'émotion... Décacheter et découvrir le contenu avec fébrilité peut animer de sentiments diversifiés : je me rappelle de certains d'entre eux :

- de la joie (avec les lettres de mes amies)
- de la colère (avec les factures qui s'amassent et le relevé bancaire à la masse, en total décalage)
- de l'anxiété (avec les résultats d'examen médicaux, de concours...)
- de la honte (avec des rappels à l'ordre de la bibliothèque qui réclament les livres non rendus à temps)
- de la surprise (avec le chèque de remboursement d'un trop payé de quelques euros) 
- des tentations (avec les publicités d'exclusivités de ventes privées)
- de l'amour (avec...non, ça il y a bien longtemps que je n'ai point reçu de mots doux... Ou si nous partons du principe que les cartes de voeux et d'anniversaire expriment tout l'amour qu'on me porte, alors, là, oui : ... au mois de janvier, j'ai reçu des marques d'affection, mais bien décevantes à mon goût, côté "fortes émotions".) 

Oui, j'en reçois du courrier. Mais un qui provoque en moi une telle émotion, bouleversante, non. J'en ai presque tremblé.

Je ne vous dirais pas de qui elle émanait : je n'en sais rien.
Aucune marque sur l'enveloppe cachetée, de format de celle du courrier privé ; vous savez de celle dont le rabat est collé d'un coup de langue. En étais-je la destinataire ? Après tout, nous sommes plusieurs à vivre ici.

Etait-ce un voisin qui se manifestait pour une quelconque demande de voisinage style " j'ai besoin d'accéder à votre propriété pour tailler mon cyprès si près de votre mur ". Ou alors un "nous sommes nouveaux dans le quartier; nous vous informons que nous organisons une méga fiesta ce samedi, à laquelle vous n'êtes pas conviés, mais dont vous aurez tous les désagréments : les voitures de nos amis garées devant chez vous, se rappelleront à vous avec le jeu de portières et démarrages nocturnes qui vont de pair...)"

Et bien rien de tel. Une belle carte de voeux avec sur fond de neige, un chalet de bois éclairé par le soleil... Une carte de voeux ...d'amour donc ? J'ouvrais la missive avec empressement, et là, c'est monté en moi, cette intense émotion.  Sur la carte, aucun mot. J'eus beau retourner le carton, rien. J'en pris peur. Oui, j'éprouvais une grande peur : que signifiait ce courrier anonyme, déposé directement dans ma boîte aux lettres ? 

Je n'ai toujours pas la réponse. (Si celui qui en est l'auteur passe par ici, qu'il se manifeste.)

En attendant, tout a été mis en quarantaine : imaginez que ce courrier fut piégé aux bacilles ? Ou que dedans fut déposé un concentré de phéromones qui me feront perdre la tête ? C'est décidé ; je ne sors plus dans le quartier, le nez au vent...

C'est flippant tout de même, non ?