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J’ai fait un rêve. J’allais au bout de la jetée, par une belle journée ensoleillée. J’avais rendez-vous avec le crabologue-poissonnier. C’était le rendez-vous habituel ; seul le lieu était surprenant. Le crabologue m’a accueillie avec enthousiasme.

« Ah, ma petite dame ! Qu’est-ce que je vais pouvoir vous proposer aujourd’hui ?... Voyons, j’ai de la belle morue. Mais j’imagine que vous n’en voudrez pas plus que les autres ! »

Il farfouillait dans ses bacs en polystyrène pourvu de pains de glace.

 « Hier encore, j’avais sirène : mi femme, mi thon. Mais je n’en ai plus. Avec l’été, les femmes pensent pouvoir attirer les hommes perdus avec leur chant, à défaut de les séduire par leur physique. Toujours la même chose. Bref, je n’en ai plus… 

-Ah ! ». C’est tout ce que j’ai trouvé à dire.

Je le regardais comme s’il avait été un magicien, sortant de ses bacs des merveilles insoupçonnables.

« Carpe ? Non, vous êtes trop bavarde ; muette ce n’est pas pour vous. »… J’attendais, j’attendais silencieuse, assise au bout de la jetée, prête à me jeter à l’eau.

« Rascasse, requin, tanche…Poisson clown, ça pourrait convenir, ça… Enfin, ça va ça vient. Puis vous avez dépassé l’âge… Ah, j’ai baleine. Ça vous plairez ça « baleine » ? »

J’ai haussé les épaules. Vu le choix, oui, c’était encore le mieux.

« Je vais vous prescrire ça ; un petit cachet par jour. Vous allez voir, c’est surprenant ! Un corps de baleine en peu de temps. En revanche, il va falloir adapter votre équipement. Je vous préconise une balance à patates en remplacement de votre pèse-personne familial ! Non, ne me remerciez pas. »

Non, je ne le remercie pas.