Quand je serai grande, je serai...méfiante !

Ça fait maintenant quelques mois que je fais ce travail ; je l’ai eu par une relation (oui, c’est le genre de boulot qu’on obtient par réseau).

C'est deux gosses, un gars et une fille à garder à la journée.

La gamine, ça va ! Elle est mignonne : je peux la laisser seule, je suis tranquille. Jamais un mot plus haut qu’un autre, elle s’occupe gentiment dans son coin. Mais le gamin, lui, c’est autre chose.

Non, il n’est pas méchant ; il est même attachant. Mais ça me demande une de ces énergies de m’occuper de lui... Le truc, c’est qu’il est toujours sur internet et que je ne sais pas ce qu’il y fait. C’est peut-être l’âge qui veut ça : l’adolescence, on se cherche, on tient tête, on rêve…O.k. ; mais moi ça me stresse…

Dès que j’ai le dos tourné, il se met sur internet pour y lire des conneries. Je n’arrive pas à voir les sites qu’il visite, mais à mon avis, c’est pas du beau !  Moi, je ne veux pas avoir d’histoires avec sa mère. Je ne veux pas que cela me retombe dessus. Donc, je ne vais pas le lâcher. Là, je suis décidée : s’il croit que je vais le laisser tranquille, il se trompe ! Qu’est ce qu’il pense ? Toujours sur l’ordi, ça commence à me plaire...

Moi, j’ai une conception personnelle du baby-sitting :  je suis payée pour garder les mômes, mais faut qu’ils s’occupent tous seuls et sans faire de bêtises. L’idéal pour cela, c’est les bébés. Ça mange et ça dort. Je te change la couche si vraiment, je ne supporte plus l’odeur…sinon, je dis que ça a dû se produire à l’instant, ce relâchement des sphincters, quand je rends le chiard à sa mère.

Pour les plus grands, c’est vrai que la télévision et la programmation d’émissions pour les enfants à une heure matinale ont été une révolution dans le monde du baby-sitting. Avant, il fallait les inciter à jouer avec leurs jouets, et même des jeux éducatifs. Et parfois même participer à des activités avec eux. La galère !

Oui, une révolution pour les baby-sitter. Maintenant, on colle tous les gamins dans le canapé, on allume la télévision et basta. Tout le monde est content. Quatre à cinq heures de paix ! Le seul inconvénient que j’y vois, c’est de devoir supporter les voix de crécelles des personnages de dessins animés en bruit de fond. On ne peut pas tout avoir.

En général, ils sortent de leur torpeur télévisuelle  pour une question d’estomac. D’ailleurs, pareil pour le midi : avant, il fallait se casser la tête pour préparer un repas équilibré et diététique. Plus la peine. Tenez, ouvrons le réfrigérateur pour voir ce que nous devons manger ce midi : kebab pour tout le monde (vachement diététique ce truc ; elle se fait pas chier la mère !) Ça va être super les frites au four micro-onde. Enfin, la petite mangera comme ça. 

C’est bien. Après le repas, en général, ils sont crevés : l’équation « regarder un écran toute la matinée plus mal bouffe » a aussi l’avantage de les rendre amorphes l’après-midi. Du bonus pour moi.

Bon, dans ce cas précis, la télévision a ses limites : lui n’adhère pas aux dessins animés de la mioche. Et si je change la chaîne pour une télé réalité, genre les « chti’s dans le sud : visite de Senlis »,  elle va me taper une crise et je devrais la consoler…ou pire : je devrais jouer avec elle.

C’est mieux elle devant la télévision ; lui, je le surveille. J’en ai pris mon parti. Je suis toujours derrière lui.

Je suis hyper méfiante avec l’internet ; on ne soupçonne pas tout ce dont  les gamins sont capables de faire sur un ordi. Je me sens dépassée.

Il ne va pas sur Fais-ce-bouc au moins ? Non, parce que gérer ça, pas possible. Les gamins se font des déclarations de haine ou d’amour sous le coup de l’impulsivité et ça dégénère ensuite quand ils se retrouvent face-à-face. Les règlements de compte, bonjour !

Euh, faudrait pas qu’il invite ses amis Fessebouc pour une fête improvisée ici… Ah non, pas envie de voir débarquer des centaines d’ado boutonneux ici !

« Qu’est-ce que tu fais sur internet ? …Des recherches pour un boulot à rendre ? C’est vrai, ça ? »

Ou alors, il participe aux défis lancés sur la toile. Je ne voudrais pas qu’il relève le nouveau défi en vogue : « rat ou opéra ». Le principe : tu dois te balader avec un rat sur l’épaule dans un lieu public ou tu passes la journée à l’opéra (Et quand on sait l’amour des jeunes pour ce type de distraction, je ne suis pas à l’abri de voir un rat se balader dans l’appartement un de ses quatre !)

« Quoi, tu as faim la petite ? Je vais réchauffer les kebabs ! »…  L’avantage, ça ne me prend pas trop de temps à préparer le repas.

« Tu viens mettre la table, le grand ? »

Qu’est-ce qu’il fait lui ? Ca y est : encore sur l’ordi ! Mais ce n’est pas possible : qu’est ce qu’il y a dans cette boîte de si captivant ? Il va sur des sites de c... ou quoi ?...Pourvu qu’il ne passe pas de commandes en ligne… Ou alors c’est un hacker et les flics vont débarquer…

D’ailleurs, ça sonne à la porte.

« Oui, c’est pourquoi ? 
- Votre commande d’élastiques pour bracelet passée sur internet ce matin : vous pouvez signer le bon pendant que je redescends chercher  les autres cartons. 
-Les autres cartons ?
-Oui, j’en ai quatre en tout.»

Je fonce au salon :

«  Euh, t’as fait quoi là ? T’es malade ou quoi ?... Ta petite sœur en voulait ? O.k. mais là…quatre cartons de 100 000 élastiques, c'est pas un peu trop ? …Et tu as payé comment ? …Quoi, avec ma CB !!! »