Je ne regarde pas les actualités à la télévision et j'écoute peu la radio (sauf pour de la musique). 

J'étais en voiture quand j'ai entendu le reportage sur le célèbre # du moment et l'engouement qu'il suscitait. Toutes ces femmes unies dans ce combat, c'était beau. Le passage sous le tunnel du périphérique eut pour effet de rendre inaudible la voix du journaliste et de me faire prendre conscience. Moi, aussi, je devais comme toutes ces femmes participer à cette action ; ce que je fis immédiatement après être descendue de la voiture.

J'étais contente de moi et c'est dans cet état d'esprit que je commençais ma journée de travail. Mais en milieu de matinée, mon mari me téléphona au bureau, très énervé :

"Ça fait une heure que j'essaie de te joindre. Mais qu'est ce que tu as fait, bon sang ?" Je lui expliquais calmement le pourquoi et le comment. J'étais certaine que c'était bon pour moi d'apporter ma contribution à cet élan collectif. J'en étais même soulagée... Oui, je l'avais balancé et j'en étais fière.

Loin de calmer mon mari, ces paroles l'ont mis dans une terrible colère: 

"Mais tu ne te rends pas compte de ce que tu fais ! Tu es complètement folle, ma pauvre fille !"

Je pensais, en silence : tu vois, dans le fond, il est comme les autres à en juger par son état d'énervement. 

" Il est où ? Je te préviens que je ferai tout pour lui mettre la main dessus. Il est où maintenant ?"

Qu'est ce que j'en savais ? J'avais fait ça spontanément, sans réfléchir. Est ce que je savais où il pouvait bien être maintenant ? Je cherchais dans mes souvenirs, entre deux flots de larmes.

"Où ? ... Peut-être au coin de la rue du Bon Aloi et de la Mauvaise Foi. Dans la poubelle au coin des deux rues.
- Dans une poubelle publique ? Oui, tu es vraiment folle ; balancer un iphone dans une poubelle publique, qu'est ce qui cloche !"

En guise de punition, il m'a donné des lignes d'écriture :

" Port. avec un T et un point est une abréviation du mot portable ; il ne veut en aucun cas dire porc avec un C !"
Là, j'ai été beaucoup moins fière, il faut l'admettre...

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Je ne sais que penser de cet élan collectif : ça s'apparente à de la délation, et ça, ce n'est pas très positif, c'est certain. D'un autre côté, à avoir tant subi de la gente masculine, il est bien légitime que les femmes libèrent leur parole.

J'ai cherché dans mes souvenirs si moi-même j'avais été victime d'une agression. C'était bien enfoui, mais je me suis rappelé de cette fois où un vieux papy (je devais avoir douze ou treize ans) avait prétexté ne pas réussir à lire un nom sur une boîte aux lettres dans un hall d'immeuble. Pauvre petit vieux ! Toujours attentive aux autres, j'avais accepté de l'aider. Alors que je lisais les noms, j'ai senti ses mains affairées sur mon postérieur. Je suis partie en courant. Je n'en ai jamais parlé, plus préoccupée par ma désobéissance (tu ne dois pas suivre les inconnus...) que par l'incident à caractère sexuel. Je n'ai jamais recommencé : ça m'a peut-être sauvé d'autres dangers. Va savoir !